ACA Insurance Day 2025 : compétitivité et unité face aux grands défis européens
article 16 minutes 28.11.2025
ACA Insurance Day 2025 : compétitivité et unité face aux grands défis européens
C’est au cœur du Centre de Conférences de Luxembourg (ECCL) que s’est tenue, le 27 novembre 2025, la 13ᵉ édition de l’ACA Insurance Day. Véritable moment fort du calendrier assurantiel, l’évènement a rassemblé la communauté du secteur autour d’une réflexion commune sur les grands défis à venir. Entre compétitivité dans un environnement incertain, accélération technologique et évolutions réglementaires, cette édition a été marquée par un dialogue approfondi entre marché, autorités et experts.
Des échanges en conférence pour anticiper l’avenir de l’assurance
Une plénière pour affirmer le rôle stratégique du Luxembourg au sein de l’Europe de l’assurance
En ouverture de cette 13ᵉ édition, la séance plénière de la partie conférence intitulée « Le Luxembourg au cœur de l’assurance européenne : rester compétitif dans un monde sous tension » a posé le cadre des discussions de la journée. À travers les interventions croisées d’experts du secteur, les débats ont exploré les transformations majeures qui redessinent le paysage assurantiel européen : pression réglementaire, instabilité géopolitique, inflation persistante, mais aussi opportunités liées à la digitalisation, à l’innovation et à une simplification réglementaire attendue.
« Dans un monde et une Europe chahutés, notre défi collectif est clair : rester compétitifs sans perdre ce qui fait la force de notre modèle. » Valérie Tollet, Deputy CEO à l’ACA
Dans un monde bouleversé, cette plénière a offert une analyse croisée des tensions géopolitiques, des mutations réglementaires et de leurs répercussions sur l’économie luxembourgeoise et le secteur assurantiel. Les échanges ont d’abord mis en lumière le basculement du paradigme européen : à l’ère des rapports de force mondiaux, l’Union européenne ne peut plus se contenter d’une puissance normative. Elle doit désormais conjuguer efficacité réglementaire, autonomie stratégique et attractivité économique. Le Luxembourg, de son côté, est appelé à défendre son modèle dans ce nouvel équilibre, tout en restant agile législativement et opérationnellement.
Les intervenants ont souligné que cette transformation passait par un effort collectif de simplification. Les initiatives dites « omnibus » de la Commission européenne ont été perçues comme un premier pas, mais encore trop timide face à une culture réglementaire lourde et coûteuse. Ils ont insisté sur l’urgence de rationaliser les exigences administratives, dans un contexte où la sur-réglementation freine l’innovation et alourdit significativement les charges opérationnelles, en particulier pour les acteurs internationaux installés au Luxembourg.
Autre point de vigilance : la compétitivité du pays face à d’autres places financières européennes. Les contraintes spécifiques du Luxembourg – comme le secret professionnel en assurance ou l’indexation automatique des salaires – ont été identifiées comme des freins majeurs, tant à l’intégration technologique qu’à la lisibilité budgétaire des groupes internationaux. À cela s’ajoutent les obstacles rencontrés en matière de libre prestation de services, avec des pratiques protectionnistes encore trop répandues dans plusieurs États membres, affaiblissant le marché unique.
Malgré ces défis, les intervenants ont défendu les nombreux atouts de la place luxembourgeoise : stabilité politique, écosystème financier dense et interconnecté, réputation de sécurité. Ils ont souligné que dans un contexte d’instabilité mondiale, ces éléments font du Grand-Duché un véritable refuge pour les investisseurs. Le secteur de l’assurance est perçu non seulement comme une force de stabilité, mais aussi comme un levier pour la croissance future, à condition de renforcer sa lisibilité, d’adapter sa proposition de valeur, et de faire évoluer la perception du produit assurantiel face à d’autres formes d’investissement.
En conclusion, cette plénière a appelé à une mobilisation collective pour préserver l’agilité, l’ouverture et la pertinence du modèle luxembourgeois dans une Europe en transition. Le message est clair : rester compétitif, c’est aussi savoir évoluer.
IA générative : de la promesse à la réalité opérationnelle
L’intelligence artificielle générative n’est plus une simple tendance, mais bien une force de transformation concrète. Cette table ronde a mis en lumière les premières applications concrètes déployées dans le secteur : automatisation de la souscription, gestion intelligente des sinistres, personnalisation de la relation client. Au-delà de l’enthousiasme technologique, les intervenants ont abordé les défis d’intégration, les enjeux éthiques et les impacts sur les métiers du secteur.
Loin des effets d’annonce, cette conférence a permis de dresser un état des lieux réaliste de l’adoption de l’IA générative dans le secteur de l’assurance. Les intervenants ont unanimement souligné l’accélération de la transformation numérique, tout en insistant sur la nécessité de passer d’une phase d’expérimentation à une intégration structurée. Si l’IA est perçue comme un levier de compétitivité, elle est aussi envisagée comme une question de survie à long terme, tant la pression technologique et concurrentielle s’intensifie. Les cas d’usage présentés témoignent d’un impact transversal : automatisation du traitement des sinistres, optimisation de la souscription, analyse prédictive de la fidélité client, et assistants conversationnels internes. L’IA permet ainsi d’alléger les tâches à faible valeur ajoutée pour recentrer les collaborateurs sur des missions plus stratégiques. Toutefois, cette mutation nécessite une gouvernance rigoureuse, une gestion fine des données et une montée en compétences des équipes. Le panel a aussi alerté sur les défis liés à l’explicabilité des modèles, à l’évolution réglementaire et à l’appropriation de ces outils par toutes les générations de collaborateurs. Si l’enthousiasme est palpable, il s’accompagne d’un appel à la prudence, à l’éthique et à l’investissement dans des infrastructures agiles. L’assurance de demain se dessine à travers une IA qui ne remplace pas l’humain, mais l’augmente.
Vers une nouvelle ère réglementaire : simplifier sans affaiblir
Cette table ronde a posé une question centrale : comment construire un cadre réglementaire plus lisible, proportionné et efficace, sans compromettre la protection des assurés ? En analysant les grandes réformes à venir (Solvabilité II, Retail Investment Strategy, reporting ESG), les experts ont évoqué la possibilité d’une véritable modernisation réglementaire au bénéfice de la compétitivité du secteur luxembourgeois.
« Simplifier ne signifie pas déréguler. C’est chercher plus de clarté, de cohérence et d’efficacité, dans l’intérêt de tous les acteurs… y compris des assurés. » Emmanuelle Mousel, Partner, Arendt & Medernach SA, modératrice du panel
Dans un contexte où les exigences réglementaires ne cessent de s’accumuler, cette table ronde a posé une question centrale : comment bâtir un cadre plus lisible, proportionné et efficace, sans affaiblir les fondements du système européen de l’assurance ? Les intervenants ont unanimement reconnu les vertus du socle réglementaire existant – notamment Solvabilité II – tout en dénonçant une inflation normative qui menace la clarté, la stabilité et la compétitivité du secteur. Le mille-feuille réglementaire, issu de la multiplication des initiatives européennes sans réelle coordination, a été identifié comme un frein majeur à l’innovation et à l’efficacité opérationnelle, en particulier pour les structures de taille intermédiaire.
Les discussions ont aussi mis en lumière un sentiment d’incohérence croissant entre les différents textes (en particulier dans le domaine de la durabilité), et un manque de visibilité sur leur application concrète. La récente décision de la Commission européenne de suspendre l’adoption de nombreux actes délégués a illustré ce flou juridique, générateur d’incertitude pour les acteurs du marché. Derrière l’ambition politique affichée de « simplification », les professionnels perçoivent surtout une complexité accrue, souvent décorrélée des réalités de terrain.
Malgré ce constat critique, le secteur ne réclame pas une déréglementation, mais une réforme de fond dans la méthode : davantage de cohérence, une meilleure articulation entre les niveaux de réglementation, et surtout une implication plus en amont des professionnels dans les processus décisionnels. Car pour accompagner les transitions à venir – technologique, climatique, démographique –, les assureurs ont besoin d’un cadre robuste, mais prévisible et intelligible. Une régulation qui éclaire plutôt qu’elle n’aveugle.
Une Séance ACAdémique placée sous le signe du voyage
Lors de la Séance ACAdémique, Nicolas Limbourg, Président de l’ACA, a ouvert son allocution par une métaphore forte : celle d’un voyage à travers l’Europe de l’assurance, à bord d’un secteur dont la résilience, l’expertise et la capacité d’innovation font aujourd’hui sa force. Ce voyage fut aussi l’occasion de rappeler les grandes priorités du secteur luxembourgeois, dans un contexte international en pleine transformation.
Un pilier de stabilité au service de l’économie réelle et des assurés
Nicolas Limbourg a ouvert son allocution en rappelant l’ampleur et le rôle structurant du secteur assurantiel en Europe : selon les chiffres publiés par Insurance Europe les assureurs européens emploient plus de 920.000 personnes et gèrent près de 9.500 milliards d’euros d’actifs. Au Luxembourg, les placements des entreprises d’assurance, vie et non-vie confondues, s’élevaient – fin 2024 – à 294 milliards d’euros, investis dans les entreprises, les infrastructures ainsi que la transition énergétique.
Autrement dit, le secteur de l’assurance assure à la fois la stabilité économique européenne sur le long terme et la sécurité des passagers que sont les assurés.
Ainsi chaque année, les assureurs européens versent plus de 1.000 milliards d’euros de prestations à leurs assurés, soit environ 3 milliards d’euros par jour.
À l’échelle nationale, les assureurs non-vie luxembourgeois ont quant à eux réglé 9 milliards d’euros de sinistres, dont 780 millions d’euros pour couvrir des risques spécifiques au Luxembourg, y compris ceux liés à des catastrophes naturelles. En ce qui concerne ces dernières, selon les rapports des réassureurs, 2024 s’est classé au 3e rang des années les plus coûteuses depuis 1980. Les catastrophes naturelles ont ainsi causé 320 milliards de dollars de pertes économiques dans le monde, dont 135 milliards étaient assurés.
Nicolas Limbourg a salué l’action concrète des assureurs face aux aléas climatiques, citant notamment les mesures déployées après les inondations de 2021, ou encore l’indemnisation à hauteur de 8 millions d’euros consécutive aux pluies du 8septembre 2025.
Maintenir un cap clair au niveau européen
« L’Europe doit transformer ses intentions en actions concrètes, afin que nos entreprises restent compétitives et que le marché unique puisse pleinement jouer son rôle. »
Au niveau européen, le Président a pointé la nécessité d’un cadre réglementaire plus lisible et stable. Si certaines initiatives récentes vont dans la bonne direction, il a exprimé des réserves face à une réglementation européenne parfois trop complexe et souvent inadaptée, manquant de clarté et instaurant des contrôles redondants au travers des autorités de contrôle qui ne cessent de se multiplier.
Luxembourg : un hub à renforcer, des talents à attirer
Dans la continuité de son intervention, le Président a mis en lumière le positionnement stratégique du Luxembourg en tant que place financière ouverte, internationale et tournée vers l’avenir. Il a salué les initiatives déjà mises en œuvre par les autorités nationales pour soutenir cette dynamique, qu’il s’agisse de mesures fiscales incitatives, de soutien à l’innovation technologique, ou encore du projet de Master en sciences actuarielles, fruit d’une collaboration entre l’ACA, le Ministère des Finances et l’Université du Luxembourg.
Ce cadre favorable doit cependant continuer à évoluer. Le Président a ainsi appelé à la poursuite des efforts engagés, afin de répondre aux besoins croissants en matière d’attractivité et de fidélisation des talents, d’infrastructures et de développement des compétences locales.
Il a également évoqué les enjeux liés à la modernisation des régimes complémentaires de pension, compte tenu du défi que représente du financement des pensions du premier pilier, qui reste entier bien que reporté. Il a souligné l’opportunité qu’offre une adaptation des 2ᵉ et 3ᵉ piliers pour proposer aux assurés davantage de flexibilité et de perspectives d’investissement à long terme.
Renforcer les dynamiques collectives
Au-delà des institutions, Nicolas Limbourg a rappelé que la compétitivité du secteur réside aussi par la capacité des acteurs à mutualiser leurs efforts sur les enjeux partagés. Il a encouragé les entreprises membres de l’ACA à continuer de s’investir dans les groupes de travail de l’ACA, à partager leurs expertises et à agir de manière coordonnée sur les sujets non concurrentiels. L’unité sectorielle a été présentée comme un levier clé pour relever collectivement les défis à venir.
« Comme les membres d’une même escadrille, nous savons que nous avançons plus vite et plus loin lorsque nous volons ensemble. »
Une vision tournée vers l’avenir
Clôturant son discours, le Président a invité les entreprises à poursuivre leur modernisation, à renforcer leur efficacité opérationnelle et à investir dans la finance durable.
Il a rappelé que l’expérience client, la confiance et l’impact sociétal doivent rester au cœur de la stratégie des entreprises.
Nicolas Limbourg a livré une métaphore forte pour illustrer l’unité du secteur :
« Le secteur de l’assurance et de la réassurance est une flotte composée d’avions diversifiés, d’envergure et de motorisation différente, mais tous revêtus des couleurs nationales. »
Malgré un environnement en constante mutation, le cap est fixé : faire évoluer les entreprises vers plus d’agilité, de digitalisation et de durabilité, au service des assurés et de l’économie européenne.
Un dialogue constant avec les autorités publiques
Lors de son allocution, Gilles Roth, Ministre des Finances a tenu à réaffirmer la place centrale du secteur de l’assurance dans l’économie luxembourgeoise, saluant son rôle d’« ancre de stabilité » face aux multiples crises contemporaines. Pour le ministre, l’assurance transforme l’incertitude en opportunité, et les chocs en risques maîtrisables. Il a rappelé l’importance du lien entre centre financier, économie réelle et quotidien des citoyens : un pilier de la stratégie gouvernementale.
Sur le plan des réformes, le ministre a dressé un panorama concret des mesures prises pour renforcer l’attractivité du pays: baisse de l’impôt sur les sociétés, régime fiscal incitatif pour les talents, digitalisation de l’emprunt public avec l’émission d’un certificat DLT, réforme du secret en assurance ou encore modernisation du produit de retraite « Article 111bis ». Il a insisté sur la nécessité d’une régulation européenne « moins nombreuse mais plus efficace », dénonçant les effets pervers d’une supervision centralisée et de la complexité excessive.
Enfin, Gilles Roth a mis en avant l’engagement du Luxembourg pour une intelligence artificielle de confiance, soutenue par un partenariat stratégique inédit avec Mistral AI. Il a encouragé le secteur à faire de l’IA un levier stratégique, tout en veillant à ce que la décision finale reste toujours humaine. Le ministre a conclu en réaffirmant son soutien à un marché unique ouvert, innovant et stable, dans lequel les assureurs luxembourgeois ont un rôle moteur à jouer pour relever les défis climatiques, technologiques et sociaux de demain.
L’ACA au service de ses membres dans un secteur en pleine évolution
Marc Hengen, CEO de l’ACA, a pris la parole pour évoquer les transformations à l’œuvre dans le secteur et au sein de l’association elle-même. Il a salué la dynamique collective portée par les membres de l’ACA et rappelé l’importance d’un dialogue social constructif, dans un contexte où les équilibres sociaux et économiques sont en constante évolution.
Son intervention a aussi été l’occasion d’annoncer la création d’une chaire en sciences actuarielles à l’Université du Luxembourg, en partenariat avec le Ministère des Finances, une initiative destinée à former localement les experts de demain et à répondre aux besoins croissants du marché en compétences pointues. Enfin, il a souligné l’arrivée de nouveaux collaborateurs au sein de l’équipe de l’ACA, reflétant une volonté claire de renforcer les moyens humains pour accompagner au mieux les membres dans les années à venir.
L’intelligence artificielle, enjeu stratégique pour le secteur et la société
L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme un sujet central pour de nombreux membres de l’ACA, mais aussi comme un véritable enjeu de société. Automatisation des processus, traitement intelligent de la donnée, personnalisation des services : les usages de l’IA transforment déjà l’assurance, tout en soulevant des questions éthiques, réglementaires et souveraines. Ces enjeux ont largement été débattus lors des breakout sessions de l’après-midi.
C’est dans ce contexte que la Séance ACAdémique a accueilli une courte intervention de Mistral AI, entreprise française fondée en 2023 et récemment engagée dans un partenariat stratégique avec le gouvernement luxembourgeois. Mistral a présenté sa vision d’une IA européenne, transparente et souveraine, conçue pour répondre aux exigences les plus strictes en matière de sécurité, de conformité et de contrôle des données. Devant un public attentif, ses représentants ont exposé des cas d’usage concrets pour le secteur assurantiel : automatisation de la souscription et de la gestion des sinistres, agents conversationnels pour optimiser la relation client, et traitement documentaire intelligent. Tout en insistant sur la nécessité de garder une gouvernance claire, Mistral a rappelé que l’IA ne doit pas remplacer l’expertise humaine, mais l’amplifier, en permettant au secteur de gagner en efficacité, en réactivité et en différenciation
UNE ÉDITION 2025, ENTRE DYNAMIQUE LOCALE ET VISION EUROPÉENNE
L’ACA Insurance Day 2025 a confirmé le rôle moteur du Luxembourg dans la construction d’une assurance européenne plus compétitive, plus responsable et plus innovante. Dans un contexte de transformations multiples, le secteur s’est montré résilient, lucide et mobilisé. L’ACA continuera de jouer son rôle de facilitateur, de catalyseur d’idées et de porte-voix du secteur, afin d’accompagner ses membres dans les défis à venir.
📸 Parce qu’une image vaut mille mots, retrouvez les photos de la journée conférence et de la Séance ACAdémique ici.