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Insurance Insights : Réduire l’écart de protection : comment l’assurance inclusive renforce la résilience financière

Amandine Motte a rejoint Barents Reinsurance S.A. en juillet 2023 et occupe la fonction de Chief Executive Officer.

Depuis 2020, Amandine est membre du Conseil d’administration de l’Association des Compagnies d’Assurances du Luxembourg (ACA).

Avant de rejoindre Barents Re, Amandine était Directrice générale et Directrice financière de la filiale luxembourgeoise de CNA Hardy (« CICE »). Elle a également siégé au Conseil d’administration de CICE et a été membre de l’équipe dirigeante de CNA Hardy.

L’assurance est souvent décrite comme un filet de sécurité un moyen de protéger les individus, les entreprises et les sociétés contre des chocs financiers imprévus. Lorsqu’une famille fait face à une urgence médicale, ou lorsqu’un agriculteur perd ses récoltes à cause de la sécheresse, l’assurance peut fournir les fonds nécessaires pour se relever. Pourtant, selon le rapport Landscape of Microinsurance 2024 du Microinsurance Network, pour environ 3 milliards de personnes dans le monde, ce filet de sécurité n’existe pas. Il en résulte ce que les experts appellent le « protection gap », c’est-à-dire l’écart entre la couverture dont les personnes auraient besoin et celle dont elles disposent réellement.

Cet écart n’est pas seulement un problème technique ; il a des conséquences concrètes sur la stabilité économique et le bien-être social. Pour tenter d’y répondre, l’assurance inclusive est apparue comme l’un des outils permettant de gérer les risques de manière plus efficace et efficiente. L’assurance inclusive vise à rendre l’assurance accessible et abordable pour les personnes souvent exclues des marchés traditionnels, telles que les ménages à faibles revenus, les petites entreprises et les agriculteurs. Cet article explique ces concepts de manière claire et explore pourquoi ils sont importants pour tous, et pas uniquement pour les assureurs.

Qu’est-ce que le protection gap ?

Le protection gap désigne l’écart entre le niveau de couverture d’assurance qui serait économiquement nécessaire et celui qui est effectivement souscrit. Par exemple, si une inondation cause un million de dollars de dommages mais que seuls 400 000 dollars sont assurés, les 600 000 dollars restants constituent le protection gap.

Le protection gap est généralement plus élevé dans les pays en développement. Un ouragan touchant à la fois Haïti et la Floride causera très probablement davantage de dommages en Floride, mais les Américains seront nettement mieux assurés que les Haïtiens.

Les écarts de protection existent dans de nombreux domaines :

  • Assurance vie et santé : les familles non couvertes font face à de graves difficultés financières en cas de maladie ou de décès. Cela peut, par exemple, affecter la capacité des enfants à poursuivre leur scolarité, ceux-ci devant travailler pour soutenir financièrement leur famille.
  • Assurance des biens : les logements et les entreprises situés dans des zones exposées aux catastrophes manquent souvent de couverture adéquate.
  • Risques émergents : le changement climatique et les menaces liées à la cybersécurité créent de nouveaux risques qui sont souvent non assurés.

Pourquoi cet écart existe-t-il ?

Plusieurs facteurs contribuent aux écarts de protection. L’un des principaux est le coût, les primes d’assurance pouvant être prohibitivement élevées pour les ménages à faibles revenus. La disponibilité joue également un rôle, car dans certaines régions les produits d’assurance sont très limités, voire totalement inexistants. En outre, le manque de sensibilisation est fréquent : de nombreuses personnes ne comprennent pas pleinement le fonctionnement de l’assurance ou son importance. Enfin, la confiance constitue un obstacle majeur, des expériences négatives passées ou un manque de transparence de la part des assureurs pouvant dissuader les individus de souscrire une assurance.

Les conséquences sont graves. Lorsqu’elles ne sont pas assurées, les personnes peuvent être contraintes de vendre des actifs, de s’endetter ou de dépendre de l’aide publique après une crise. À l’échelle nationale, d’importants écarts de protection peuvent ralentir la reprise économique et accroître la pauvreté.

Qu’est-ce que l’assurance inclusive ?

L’assurance inclusive désigne des solutions spécifiquement conçues pour les individus et les groupes généralement exclus des marchés traditionnels de l’assurance. Cela inclut les personnes et familles à faibles revenus, les petits exploitants agricoles, les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), ainsi que les travailleurs migrants et les employés du secteur informel. En répondant à leurs besoins et contraintes spécifiques, l’assurance inclusive vise à offrir une protection financière et à renforcer la résilience des populations les plus vulnérables. L’assurance inclusive cherche à surmonter des obstacles tels que le coût, la complexité et le manque de confiance. Elle est souvent décrite comme un retour aux fondamentaux de l’assurance, ou à ses valeurs essentielles, dans la mesure où elle s’efforce d’être aussi simple que possible. Ses principales caractéristiques sont les suivantes :

  • Primes abordables : des tarifs adaptés aux revenus disponibles de la population cible.
  • Produits simples : des conditions générales faciles à comprendre, avec peu ou pas d’exclusions.
  • Couvertures pertinentes : une protection contre les risques les plus importants pour les groupes vulnérables, tels que la santé, l’agriculture ou les catastrophes naturelles.
  • Canaux de distribution accessibles : recours aux téléphones mobiles, aux agents locaux, aux banques locales ou aux organisations communautaires pour atteindre les zones éloignées.

L’assurance inclusive n’est pas de la charité. Il s’agit d’un modèle économique durable qui combine impact social et viabilité financière. En servant des marchés insuffisamment couverts, les assureurs peuvent contribuer à la résilience économique tout en élargissant leur base de clients.

Par exemple, Pioneer Insurance, une compagnie d’assurance traditionnelle aux Philippines, s’est tournée vers l’assurance inclusive dans le cadre d’une expérimentation stratégique visant à atteindre des clients à faibles revenus mal servis par les produits traditionnels. Cette initiative est rapidement devenue une véritable ligne d’activité. En commençant par de petits produits pilotes co-conçus avec des organisations communautaires et des partenaires de la microfinance, l’entreprise a appris à simplifier le libellé des polices, à raccourcir les processus de règlement des sinistres et à tarifer en s’appuyant sur des données comportementales fines plutôt que sur des tables actuarielles historiques. Aujourd’hui, cette activité représente plus de 10 % de son chiffre d’affaires, démontrant ainsi la pertinence économique de l’assurance inclusive.

Pourquoi la réduction du protection gap est-elle importante ?

La réduction du protection gap profite aux individus, aux communautés et aux économies :

  1. Sécurité financière pour les familles vulnérables : l’assurance aide les familles à éviter de tomber dans la pauvreté après une crise.
  2. Stabilité économique pour les petites et moyennes entreprises (PME) : les entreprises peuvent se rétablir plus rapidement, préservant ainsi les emplois et les revenus.
  3. Résilience climatique face aux catastrophes majeures : l’assurance soutient l’adaptation aux risques climatiques en permettant une reprise rapide après les catastrophes.
  4. Objectifs de développement économique et social : la protection financière encourage l’investissement dans l’éducation, la santé et l’entrepreneuriat.

Des études montrent que chaque euro investi dans la prévention des risques et l’assurance permet d’économiser plusieurs euros en coûts de reconstruction. L’assurance constitue ainsi un pilier essentiel du développement économique durable.

Tendances mondiales et opportunités

Plusieurs tendances façonnent l’avenir de l’assurance inclusive. Les technologies numériques jouent un rôle clé, les plateformes mobiles et les applications facilitant la distribution des produits d’assurance et la collecte efficace des primes. Les partenariats public-privé gagnent également en importance, les gouvernements et les assureurs collaborant pour proposer des couvertures contre les catastrophes et des programmes de protection sociale. Un autre développement majeur est l’assurance paramétrique, qui indemnise sur la base de déclencheurs prédéfinis comme un niveau de précipitations plutôt que sur les pertes réellement subies. Cette approche est particulièrement adaptée à l’assurance agricole et aux risques liés au climat. Enfin, le soutien réglementaire se renforce, les autorités de supervision et les organisations internationales mettant en place des cadres favorisant la croissance et la pérennité de l’assurance inclusive. Malgré ces avancées, des défis subsistent : les marchés émergents concentrent l’essentiel du protection gap mondial, en particulier dans les domaines de l’assurance vie et santé.

Exemples d’initiatives d’assurance inclusive

  • Dispositifs communautaires : des coopératives locales dans des pays comme l’Inde et le Kenya proposent des solutions de micro-assurance pour la santé et l’agriculture (voir la vidéo illustrant un dispositif communautaire : https://www.youtube.com/watch?v=_NJqH2Wj7Is).
  • Assurance mobile : en Afrique, des partenariats entre assureurs et opérateurs de téléphonie mobile offrent des couvertures abordables via les téléphones mobiles (voir ce rapport pour plus d’informations : https://microinsurancenetwork.org/resources/mi-n-gsma-report-mobile-enabled-microinsurance).
  • Mutualisation des risques de catastrophe : des initiatives régionales permettent aux pays de partager les risques et d’accéder rapidement à des fonds après des catastrophes naturelles (voir l’African Risk Capacity (ARC) comme exemple de pool de risques : https://www.arc.int/risk-pools).

Ces exemples montrent que l’assurance inclusive est concrète et efficace lorsqu’elle est adaptée aux besoins locaux.

Stratégies pour accélérer les progrès

Bien que le nombre de personnes couvertes ait augmenté au fil des années, environ 90 % de la population cible reste encore non assurée, selon le Landscape 2024. Pour réduire le protection gap et généraliser l’assurance inclusive, les parties prenantes doivent :

  1. Innover dans les produits : développer des solutions paramétriques et des offres groupées adaptées aux besoins locaux.
  2. Exploiter la technologie : utiliser les applications mobiles et l’intelligence artificielle pour réduire les coûts et améliorer la transparence.
  3. Renforcer la réglementation : créer des environnements favorables à la micro-assurance et à la distribution numérique.
  4. Promouvoir l’éducation financière : sensibiliser les consommateurs à la valeur et à l’accessibilité de l’assurance.
  5. Favoriser les partenariats : aligner les efforts des assureurs, des gouvernements et des agences de développement afin de maximiser l’impact.

Le regard de l’expert

Le protection gap est un défi mondial aux conséquences sociales et économiques majeures. L’assurance inclusive offre une voie pour réduire cet écart en rendant la couverture accessible et abordable à ceux qui en ont le plus besoin. Atteindre cet objectif nécessite de l’innovation, de la collaboration et de l’éducation. En comprenant ces enjeux, les parties prenantes peuvent contribuer à un avenir plus résilient et plus équitable.

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